Le retour des familles déplacées dans leurs milieux d’origine ne signifie pas toujours une reprise facile de la vie quotidienne. Dans la ville et le territoire d’Uvira dans la province du Sud-kivu, notamment à Kiliba, certains ménages retrouvent des habitations pillées ou endommagées et des biens occupés pendant leur absence. Ces difficultés, auxquelles s’ajoutent les différends fonciers et économiques, compliquent leur réintégration et fragilisent parfois les relations avec les habitants restés sur place.
Pour certains retournés, l’accueil au sein de la communauté s’est déroulé sans discrimination. Mais les dégâts matériels et la perte de leurs moyens de subsistance restent des obstacles importants. Un habitant de Kiliba raconte avoir retrouvé sa maison ravagée et pillée, tandis que son lieu de travail était occupé par d’autres personnes.
« Quand je suis revenu à la maison, j’ai été bien accueilli par ma famille et je n’ai constaté aucune forme de discrimination à mon égard dans la communauté. Malheureusement, j’ai retrouvé mon habitation ravagée et pillée, ainsi que mon lieu de travail occupé. Je ne sais pas comment reprendre mes activités faute de moyens financiers », témoigne-t-il.
Il appelle les autorités à soutenir les familles retournées afin de leur permettre de reconstruire leur vie et de reprendre leurs activités économiques.
Au-delà des difficultés matérielles, les conflits liés à l’occupation des maisons et à la récupération des terres constituent une autre source de tension. Mapenzi Manyebwa, acteur et expert en développement communautaire, estime que plusieurs familles ayant fui les violences rencontrent aujourd’hui des difficultés pour récupérer leurs biens.
« Il y a surtout la question des conflits fonciers. Pendant la crise, certaines familles qui n’avaient pas quitté leurs milieux ont occupé les biens des personnes qui avaient fui la guerre. Aujourd’hui, cela crée des tensions entre les retournés et ceux qui sont restés sur place, particulièrement au moment de récupérer leurs propriétés », explique-t-il.
Selon lui, certaines maisons ont été endommagées ou occupées par des personnes qui n’en sont pas propriétaires, une situation qui alimente les incompréhensions et les conflits au sein des communautés.
Pour prévenir une détérioration de ces relations, Mapenzi Manyebwa plaide pour une implication accrue des autorités locales et des organisations humanitaires dans la médiation. Il encourage également les initiatives de sensibilisation sur les droits de propriété, la prévention des conflits fonciers et l’importance de la cohabitation pacifique.
Il estime que les organisations internationales devraient accompagner les communautés dans le règlement des différends, tout en encourageant les retournés et les habitants restés sur place à renouer le dialogue.
Les organisations humanitaires sont également appelées à contribuer à cette réintégration. Willy Seremba, coordonnateur adjoint de l’organisation CRIPAD, affirme que sa structure est disposée à accompagner les familles retournées à travers un soutien psychosocial, des activités de dialogue intercommunautaire et des initiatives visant à restaurer la confiance.
Il souligne que les retours de population peuvent entraîner de nouveaux différends et insiste sur la nécessité de rétablir la confiance entre les habitants et les institutions locales.
« Après le retour, il y a toujours des conflits qui naissent. Il faut aussi restaurer la confiance envers les institutions installées dans les milieux de retour. À notre niveau, nous pouvons également lutter contre le sentiment d’exclusion. Lorsqu’on veut apporter de l’aide à quelqu’un, il faut prendre tout le monde en compte, quelle que soit sa vulnérabilité », souligne-t-il.
Willy Seremba plaide enfin pour la mise en place de projets communautaires favorisant la coexistence pacifique dans la ville et le territoire d’Uvira.
À Uvira, les défis du retour dépassent ainsi la seule question du déplacement des populations. La récupération des maisons, l’accès aux terres et la relance des activités économiques restent des préoccupations pour de nombreuses familles.
Le règlement de ces différends et le dialogue entre les communautés seront déterminants pour permettre aux retournés de retrouver leur place et éviter que les difficultés héritées de la crise ne compromettent durablement la cohabitation.
Article rédigé dans le cadre du projet Habari Za Mahali financé par la Benevolencija et exécuté à Uvira par le consortium UNPC-COMEL-RDC-UFMP






















































































































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